Apprendre à apprendre pour mieux se former

Posted by Léa Combette on 7 juin 2017

« Quand je suis stressé(e) je cogite beaucoup trop ». Ce type de réflexion vous a certainement déjà traversé l’esprit et sans vous en rendre compte, vous cogitiez sur vos cogitations. En sciences cognitives, on va parler de métacognition. Un terme qui peut faire peur mais qui cache en réalité un concept beaucoup plus simple que l’on pourrait imaginer : celui de penser sur ses pensées. Dans le domaine des apprentissages, on entendra également parler « d’apprendre à apprendre ».

Cette métacognition peut prendre un certain nombre de formes que l’on peut réunir en trois groupes [1] :

● Les connaissances déclaratives : c’est ce que l’on sait à propos de notre fonctionnement cognitif. Par exemple je sais que j’arrive très bien à apprendre des poèmes mais que j’ai du mal avec les tables de multiplications.

● Les connaissances procédurales : cette fois, il s’agit de connaître les stratégies ou méthodes à utiliser. Par exemple, je sais que je retiendrais mieux mon nouveau mot de passe si j’utilise un moyen mnémotechnique ou que je vais mieux comprendre un texte compliqué si je ralentis mon rythme de lecture.

● Les connaissances conditionnelles : il s’agit ici de repérer la situation adéquate pour utiliser ces méthodes. Par exemple je sais que me répéter en boucle mon nouveau numéro de téléphone pendant une minute me permettra de le retenir mais que cela sera inutile pour un contenu beaucoup plus complexe comme le cours sur lequel je vais avoir un examen.

 

Apprendre à apprendre, ça sert à quoi ?

 

A priori, on pourrait penser qu’il est inutile de savoir comment on apprend pour réussir à apprendre. Mais détrompez-vous ! Mieux connaître son fonctionnement cognitif peut être un atout intéressant pour améliorer ses apprentissages. Prenons plusieurs exemples...

Pour commencer, des études scientifiques ont observé que les étudiants utilisent des méthodes d’apprentissage qui sont peu efficaces telles que le surlignage et la relecture de cours. Les fausses croyances concernant l’efficacité de ces méthodes entraînent une perte de temps et d’énergie pour ces étudiants alors que d’autres méthodes comme le test fréquent de ses connaissances ou le fait d’espacer ses apprentissages sont bien plus efficaces et tout aussi faciles à mettre en place [2].

Ensuite, être engagé dans une réflexion consciente concernant ses apprentissages va permettre de mieux repérer les éléments importants d’une leçon et d’orienter son attention sur les détails qui demandent un effort plus important comme les mots de vocabulaires techniques ou nouveaux.

Enfin, lorsque les concepts appris devront être utilisés, être à l’aise avec cette gymnastique métacognitive permettra d’avoir une meilleure vue d’ensemble des différentes stratégies de réponses possibles, c’est à dire des différentes façons dont le problème posé peut être résolu. Il y a déjà plus de vingt ans, une étude scientifique montrait que les étudiants qui doivent expliquer oralement le cheminement de leurs pensées en faisant une tâche choisissent des stratégies de réponses plus efficaces que ceux qui doivent simplement donner la bonne réponse [3].

Ces trois éléments nous montrent l’importance de la métacognition. En s’intéressant à notre manière d’apprendre, on utilise des méthodes plus efficaces et on oriente notre attention sur les éléments qui en ont le plus besoin ce qui nous permet de travailler plus rapidement et plus efficacement.

 

Bien que les bienfaits de la métacognition dans le domaine des apprentissages soient connus depuis bien longtemps, nous sommes généralement très peu formés à apprendre. Pourtant, développer une réflexion consciente sur ses apprentissages promet de nombreux bénéfices et peut nous permettre un apprentissage plus actif. Donc la prochaine fois que vous devrez apprendre quelque chose, n’hésitez pas à prendre un peu de recul et à cogiter sur vos méthodes d’apprentissage !

  

Téléch

 

[1] Schraw, G., Crippen, K. J., & Hartley, K. (2006). Promoting self-regulation in science education: Metacognition as part of a broader perspective on learning. Research in science education, 36(1-2), 111-139.

[2] Dunlosky, J. (2013). Strengthening the student toolbox: Study strategies to boost learning. American Educator, 37(3), 12-21.

[3] Berardi-Coletta, B., Buyer, L. S., Dominowski, R. L., & Rellinger, E. R. (1995). Metacognition and problem solving: A process-oriented approach. Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory, and Cognition, 21(1), 205.

 

 

 

 

 

Written by Léa Combette

Léa est étudiante en sciences cognitives et intéressée par le rôle du corps dans la pensée, notamment dans l’apprentissage des mathématiques. Concernée par la question de l’éducation, elle aimerait contribuer à un rapprochement des sciences cognitives et du monde de l’enseignement
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Lorsque nous apprenons de nouvelles compétences ou des nouveaux savoirs, nous faisons appel à de nombreuses fonctions mentales telles que la mémoire ou l’attention, autant de processus étudiés par les sciences cognitives. C’est donc naturellement qu’un partenariat s’est créé entre Didask et Cog’innov, une association de jeunes acteurs académiques dont le but est de promouvoir les sciences cognitives et leurs applications. Nous partageons la même vision sur l’importance de diffuser au plus grand nombre les connaissances issues de la recherche scientifique afin d’améliorer le quotidien des enseignants, des formateurs et des apprenants, changer certaines mentalités, ou encore combattre les neuromythes.