Pour lutter contre l'oubli, mettez votre mémoire à l'épreuve

Posted by Svetlana Meyer on 7 décembre 2018

 

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Imaginons que vous formez un jeune responsable commercial. En préparation d'un rendez-vous important, votre jeune collègue écrit sur un carnet tous les éléments de prix de l'offre proposée par votre boîte. Vous le briefez pour le rendez-vous en jouant le rôle du client : à chaque fois que vous lui demandez les prix, il vérifie son carnet. Le jour fatidique, il se rend compte qu'il a oublié d'amener son précieux outil de travail. Incapable de retrouver les bons prix de mémoire, il est forcé de botter en touche face au client, qui repart avec l'impression d'avoir perdu son temps. Comment cela aurait-il pu être évité ?  D'après la recherche, vous auriez pu ancrer mieux l'information dans la mémoire de votre protégé en l'incitant à prendre l'habitude de se rappeler des prix par lui-même plutôt que de consulter son carnet à chaque occasion.


L'effort de récupération est l'un des piliers les plus fondamentaux de l'apprentissage : si vous ne fournissez jamais cet effort, il vous est beaucoup plus difficile de mobiliser ce que vous avez appris sur le long terme.  La récupération consiste à retrouver dans sa mémoire les notions apprises et les restituer avec le moins d’aide possible. Par exemple, quand vous devez calculer le volume d’un solide, vous allez rechercher la formule appropriée en mémoire. De même, quand on vous demande de faire un coup droit au tennis, vous réactivez le schéma moteur associé à ce geste.

 

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Pour résumer, les exercices, rappels libres, QCM mais aussi toutes les situation de la vie quotidienne où l’on doit mobiliser son savoir en ne comptant que sur sa mémoire (vous rappeler du bon itinéraire pour vous rendre chez un vieil ami, par exemple) demandent un effort de récupération. Or, on sait grâce à la recherche en sciences cognitives que faire l'effort de retrouver ce que l'on a appris par soi-même permet de consolider les apprentissages dans notre mémoire, et ce même sans feedback.

 

 

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L'effort de récupération, ou comment notre cerveau balise le chemin pour retrouver ce dont il a besoin

 

Quand on connaît l’importance du feedback, cela peut sembler curieux : quand on relit un contenu, on a directement accès à l'information juste alors que pendant une séance d'exercices sans feedback, on semble être dans le flou. Pourquoi l'effort de récupération conduit-il à une meilleure consolidation des apprentissages même dans ce cas?

Pour illustrer notre propos, imaginez que votre mémoire soit comme une forêt vierge. Si vous faites l'effort de vous rendre à un point précis de cette forêt, vous allez marcher, aplatir herbe et branchages, jusqu’à y creuser un chemin. L'exercice n'est pas de tout repos, mais la prochaine fois que vous aurez besoin de retrouver votre destination, vous n'aurez plus qu'à suivre le chemin déjà formé. 

A l’inverse, si vous vous êtes contenté de consulter un panneau avec une carte indiquant l'emplacement du point recherché, aucun chemin ne se sera formé puisque vous n'aurez pas exploré la forêt par vous-mêmes. Vous vous rappellerez sans doute quelques minutes de la forme de la carte et de la position du point sur celle-ci, mais dès que ce souvenir aura disparu, vous aurez autant de difficulté à vous orienter que si vous n'aviez jamais consulté la carte.

C'est donc précisément au moment où vous fournissez un effort pour retrouver une information par vous-même que vous tracez le chemin qui vous permettra de la récupérer plus facilement par la suite. 

Par ailleurs, l'effort de récupération améliore l’organisation de la connaissance en mémoire et donc sa compréhension (Zaromb et Roediger, 2010) : il vous permet en quelque sorte de "ranger" votre connaissance dans un endroit logique pour vous, comme vous rangeriez les couteaux à côté des fourchettes dans le tiroir de votre cuisine. Or un savoir mieux organisé, dans des catégories qui regroupent des connaissances similaires est mieux mémorisé, ces catégories jouant le rôle de guide pour s’en souvenir (Mulligan, 2005). 

Du confort illusoire de la relecture à l'effort fructueux de la récupération

Si l'on retient mieux en faisant l'effort de retrouver l'information par nous-mêmes, c'est aussi à cause des inconvénients inévitables de la relecture passive. Les méthodes de relectures passives favorisent l’illusion de maîtrise, concept que vous connaissez déjà si vous avez lu notre article sur le feedback. Parce que l’information correcte qui vient d’être lue a une petite “rémanence” (c'est-à-dire qu'elle subsiste temporairement dans notre mémoire à court terme), elle nous donne le sentiment de l’avoir apprise.

Or ce sentiment n’a rien à voir avec l’apprentissage réel : la rémanence en mémoire à court terme est de courte durée et le savoir passe difficilement dans la mémoire à long terme. Malgré leur inefficacité, les apprenants se dirigent principalement vers ce type de méthode, pour leur apparente facilité et le sentiment de maîtrise qu’elles donnent. C’est donc à vous d’inclure dans vos contenus pédagogiques un maximum d'exercices qui demandent à vos apprenants un effort de récupération.

 

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Conseils pratiques pour les enseignants et formateurs


  • Multipliez les exercices : plus les occasions de fournir un effort de récupération en mémoire sont nombreuses, meilleur est l’apprentissage. Ne lésinez pas non sur la quantité d'exercices : mieux vaut plusieurs questions redondantes qu’une seule question qui ne rend pas compte de la subtilité de la notion que vous voulez transmettre à vos apprenants.

  • Trouvez le format le plus adapté à vos contraintes : QCM, rappels libres, rédaction d’un texte complet ou encore exposé oral, les formats sont variés et sont autant d’exercices de récupération.

  • Mettez vos apprenants en confiance : la peur d’être jugé les empêche de se lancer et peut même induire un stress qui bloque la mobilisation du savoir. Il est nécessaire de leur montrer que les séances d'exercices sont des moments d’entraînement et non d’évaluation afin de dédramatiser ces situations.

  • A chaque début de cours ou de formation, faites restituer à vos apprenants ce qu'ils ont appris la dernière fois : outre le bénéfice de l'effort de récupération, cela les aidera à mieux rattacher ce qu'ils vont apprendre aujourd'hui à ce qu'ils connaissent déjà.

  • Lorsque vous concevez des QCM, assurez-vous que les mauvaises réponses soient plausibles : vos apprenants ont besoin de challenge pour que la récupération soit efficace. Avec des distracteurs (propositions de réponses fausses) trop faciles, vos apprenants pourraient déduire la bonne réponse en procédant par élimination au lieu de la retrouver dans leur mémoire, et le bénéfice de l’exercice serait perdu.

 

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Sources

Mulligan, N. W. (2005). Total retrieval time and hypermnesia: Investigating the benefits of multiple recall tests. Psychological Research, 69, 272-284.

Roediger III, H. L., & Karpicke, J. D. (2006). Test-enhanced learning: Taking memory tests improves long-term retention. Psychological science, 17(3), 249-255.

Zaromb, F. M., & Roediger, H. L. (2010). The testing effect in free recall is associated with enhanced organizational processes. Memory & Cognition, 38(8), 995-1008.

Written by Svetlana Meyer

Svetlana Meyer est docteure en sciences cognitives appliquées à l’éducation. Après avoir réalisé pendant sa thèse des expérimentations à grande échelle sur l’apprentissage de la lecture, elle travaille désormais sur l’efficacité pédagogique de nos contenus et veille à ce qu’ils aient un véritable impact sur la montée en compétence de nos apprenant.e.s.
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