Il n’y a pas d’âge pour apprendre

Posted by Alice Latimier on 7 juin 2017

“Je suis trop vieux pour apprendre”, beaucoup de personnes ont eu cette réflexion à des périodes charnières de leur vie d’adulte. Mais qu’en est-il vraiment ? Nos capacités d’apprentissage ont-elles vraiment une date de péremption ?

Dès la naissance, nous mobilisons une grande partie de nos fonctions mentales, telles que l’attention, la perception, la mémoire, et la motricité, afin d’acquérir de nouvelles connaissances et de nouveaux savoir-faire. Apprendre, c’est traiter en permanence des informations nouvelles, les stocker dans notre mémoire et pouvoir les solliciter à notre convenance. Ce phénomène se produit à chaque nouvelle expérience que nous vivons et fait appel à des processus complexes, qu’il faut d’abord comprendre avant de s’interroger sur leur évolution avec l’âge.

 

Concrètement, comment ça se passe dans le cerveau ?

 

Après chaque nouvelle expérience, l’activité de notre cerveau se trouve légèrement modifiée, comme si celui-ci gardait une empreinte. Plus précisément, les neurones en lien avec l’expérience, changent la manière dont ils « communiquent » entre eux : les points de communication entre neurones, appelés “synapses”, se renforcent ou s’affaiblissent[1]. À l’échelle de tout le cerveau, ces modifications engendrent de grands changements d’activité et d’organisation, on parle alors de plasticité cérébrale [1]. Cette dynamique est relativement rapide, en seulement quelques semaines d’apprentissage, il est possible d’observer des modifications structurelles (réorganisation de réseaux) et fonctionnelles (niveau d’activité) en des régions spécifiques du cerveau. Elle est aussi réversible, puisqu’à l’arrêt définitif de l’apprentissage en question, les traces de celui-ci “s’estompent” [2].

 

 

Tous égaux face à la plasticité cérébrale

 

La question est alors de comprendre si le cerveau reste malléable à tous les âges, et cette question a été largement étudiée par la recherche.

 

Durant l’enfance et l’adolescence, les apprentissages sont riches et conséquents (marcher, parler, lire, écrire, compter…) et notre cerveau fait marcher la plasticité à plein régime. Pour cette raison, les chercheurs en psychologie du développement ont longtemps pensé que la plasticité cérébrale ne se limitait qu’à l’enfance et l’adolescence et que plus nous vieillissons, plus nos réseaux de neurones se retrouvaient figés et notre cerveau perdait sa capacité à être malléable [3]. Mais plus récemment, grâce à des outils techniques tels que l’imagerie cérébrale, cette théorie a été remise en cause. Plusieurs dizaines de travaux sur le sujet ont abouti à la même conclusion : rien n’est figé dans notre cerveau, il est doué de plasticité qu’importe notre âge !

Bien entendu, on ne peut pas nier l’impact du vieillissement cognitif normal qui a des conséquences sur les processus attentionnels, mémoriels, et moteurs notamment. Dans certains contextes, il faudra plus de temps pour des personnes de 65 ans par rapport des personnes de 20 ans pour un même apprentissage afin d’atteindre un même niveau de performances [4].

 

Valoriser l’apprentissage pour tous

 

Malheureusement, la croyance selon laquelle on ne peut plus apprendre une fois adulte est largement répandue. Son premier danger est qu’il nous fait abandonner tout effort d’apprentissage passé un certain âge. Le second est qu’il a des répercussions sur la façon dont nous envisageons la formation tout au long de la vie dans notre la société.

 

La recherche en sciences cognitives nous montre pourtant que l’apprentissage est un processus qui perdure toute notre vie. La plasticité du cerveau est telle que même les seniors sont toujours capables d’apprendre et d’acquérir de nouvelles connaissances ; leurs capacités de jugement et de raisonnement plus affûtées leur étant même bénéfiques pour s’engager sur de nouveaux apprentissages [4, 5].

 

Ainsi, les grands principes d’apprentissage ne sont pas efficaces exclusivement durant la scolarité, mais ils s’appliquent également tout au long de la vie de l’adulte : dans ses études supérieures, dans sa profession, dans sa vie personnelle. Il n'y a pas d'âge pour apprendre ! C’est pourquoi apprendre de nouveaux outils et compétences doit être valorisée durant la formation continue des adultes [6], en s’appuyant sur les grands principes démontrés par la recherche en psychologie cognitive.

 

 Téléch

 

 

1. Mangin J., Dehaene S. (2014) La plasticité cérébrale, un atout encore sous-estimé. CLEFS CEA, 62, 36-37.

2. Draganski B, Gaser C, Busch V, Schuierer G, Bogdahn U, et al. (2004) Neuroplasticity: changes in grey matter induced by training. Nature 427: 311.312

3. Boyke J, Driemeyer J, Gaser C, Buchel C, May A (2008) Training-induced brain structure changes in the elderly. Journal of Neuroscience 28: 7031–7035.

4. Marcotte, K. & Ansaldo, A.I. (2014). Age-related behavioural and neurofunctional patterns of second language word learning: Different ways of being successful. Brain and Language.135, 9-19.

5. Ramscar, M., Hendrix, P., Shaoul, C., Milin, P., & Baayen, H. (2014). The myth of cognitive decline: Non-linear dynamics of lifelong learning. Topics in Cognitive Science, 6, 5-42.

6. Taddei F., Becchetti-Bizot C., Houzel G. (mars 2017). Vers une société apprenante : rapport sur la recherche et développement de l'éducation tout au long de la vie. Remis à la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

 

 

[1] À cette échelle microscopique, on parle de plasticité synaptique

 

 

Written by Alice Latimier

Actuellement doctorante à l’École Normale Supérieure au Département d’Études Cognitives, son projet de recherche s'inscrit dans le désir de promouvoir une éducation fondée sur les preuves, et porte sur l’optimisation des apprentissages par le levier du numérique. Dans le cadre de ce projet elle travaille en étroite collaboration avec l'équipe de Didask pour répondre à des questions encore inexplorées sur les apprentissages grâce à la plateforme, terrain d'expérimentation idéale. Par ailleurs, elle est membre de l'association Cog'Innov, qui valorise la recherche par des actions de médiation et de vulgarisation scientifique auprès du grand public.
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A propos de notre partenaire :

 

Lorsque nous apprenons de nouvelles compétences ou des nouveaux savoirs, nous faisons appel à de nombreuses fonctions mentales telles que la mémoire ou l’attention, autant de processus étudiés par les sciences cognitives. C’est donc naturellement qu’un partenariat s’est créé entre Didask et Cog’innov, une association de jeunes acteurs académiques dont le but est de promouvoir les sciences cognitives et leurs applications. Nous partageons la même vision sur l’importance de diffuser au plus grand nombre les connaissances issues de la recherche scientifique afin d’améliorer le quotidien des enseignants, des formateurs et des apprenants, changer certaines mentalités, ou encore combattre les neuromythes.