Le testing effect : se former en se testant pour apprendre durablement

Posted by Ava Guez on 19 septembre 2017

Paul suit un MOOC depuis quelques mois et passe un examen en ligne demain afin d’obtenir une certification. Pour être certain d’être préparé au mieux, il passe sa soirée à relire tous les contenus proposés dans le MOOC et à visionner de nouveau les vidéos les plus importantes. A 23h, se sentant fin prêt, il s’endort tranquillement, sûr de lui. Mais ce que Paul ne sait pas, c’est que cette stratégie de révision répandue parmi les apprenants est loin d’être la meilleure…et Paul pourrait avoir de meilleurs résultats s’il optait pour une autre méthode : les tests. Mais pourquoi se tester l’aiderait-il à apprendre ?

Se former en se testant pour apprendre durablement

De nombreuses études en psychologie cognitive ont systématiquement démontré que nous nous souvenons mieux d’une information après avoir été testés dessus, plutôt qu’après une simple relecture : c’est ce qu’on appelle le testing effect.

Supposons par exemple que l’on donne à des apprenants des passages de textes à lire, le but étant de s’en rappeler le mieux possible en vue d’un test final. Après une première lecture, on demande à une moitié des participants de relire le passage et à l’autre moitié d’écrire sur un papier ce dont ils se souviennent. Une semaine plus tard, le moment de l’évaluation finale est enfin arrivé. Alors selon vous, qui a le mieux mémorisé ?

Eh bien oui, ce sont les participants ayant mis leurs connaissances à l’épreuve par un test qui ont les meilleures performances [1]. La puissance de cet effet dépend du nombre de tests effectués pendant la période d’apprentissage : plus on se teste, moins on oublie [1][2] !

 

Téléch

Mais comment expliquer cet effet ?

Lorsque nous devons répondre à une question, il faut que notre cerveau fasse l’effort d’aller chercher l’information pertinente afin d’y répondre correctement : c’est ce qu’on appelle l’effort de récupération. Ce faisant, notre cerveau consolide les « chemins » menant à l’information cible, et multiplie leur nombre. Ainsi, nous sommes plus performant lors du test suivant tout simplement parce qu’il est plus facile d’accéder à cette information [4]. Un certain niveau de difficulté est donc bénéfique : plus les tests pendant la période d’apprentissage sont difficiles, plus l’effort de récupération est important, et donc meilleures sont les performances à l’examen final [5].

Illustrons ceci par un exemple. Mettons que l’on vous demande d’apprendre des paires de mots de type « Indice-Cible » comme « Panier-Pain » ou « Tartine-Pain », en testant régulièrement votre capacité à retrouver le mot cible lorsqu’on vous donne l’indice. Eh bien sur le long terme, vous aurez plus de facilité à retenir « Panier-Pain » que « Tartine-Pain » ! Contre-intuitif ? En fait, récupérer Pain à partir de Tartine est direct et ne demande pas vraiment d’effort ; tandis qu’à partir de Panier, vous devrez probablement activer un chemin plus élaboré tel que Panier → Courses → Pain, ou Panier → Supermarché → Boulangerie → Pain, et c’est ce processus qui vous permettra de mieux retenir l’information cible à mesure des sessions de test [4].

Par ailleurs, quand le test est suivi d’un retour sur les réponses que l’on a données et les erreurs commises (feedback), l’effet bénéfique du testing est renforcé [3]. En nous permettant de faire le point sur l’état de nos connaissances, le test avec feedback contribue ainsi à corriger notre illusion de maîtrise et à améliorer notre apprentissage.

Prendre en compte le testing pour de meilleures stratégies d’apprentissage et de montée en compétence

Mettre ses connaissances à l’épreuve par des tests est donc une stratégie d’apprentissage efficace au vu des résultats actuels de la recherche sur le sujet. Paul aurait ainsi eu tout à gagner à transformer ses sessions de relecture en sessions de tests. Aujourd’hui, les tests sont surtout synonymes de notes et de mesures de performance, et sont donc souvent craints par les apprenants. Au regard des bénéfices apportées par le testing, un changement de mentalité s’impose : il est temps que les tests soient perçus comme de véritables outils d’apprentissages par les apprenants et les enseignants, et utilisés comme tels. Administrés de manière régulière à de pures fins d’apprentissage, les tests pourraient ainsi permettre un enseignement plus efficace et plus durable.

 

Références

[1] Roediger, H. L., Ill, & Karpicke, J. D. (2006). Test-enhanced learning: Taking memory tests improves long-term retention. Psychological Science, 17, 249-255.

[2] Zaromb, F. M., & Roediger, H. L., III. (2010). The testing effect in free recall is associated with enhanced organizational processes. Memory & Cognition, 38, 995-1008.

[3] Butler, A.C., & Roediger, H. L., III. (2008). Feedback enhances the positive effects and reduces the negative effects of multiple-choice testing. Memory & Cognition, 36 (3), 604-616.

[4] Carpenter, S. K. (2009). Cue strength as a moderator of the testing effect: The benefits of elaborative retrieval. Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory, and Cognition, 35, 1563-1569

[5] Carpenter, S. K., & DeLosh, E. L. (2006). Impoverished cue support enhances subsequent retention: Support for the elaborative retrieval explanation of the testing effect. Memory & Cognition, 34, 268-276.

 

Written by Ava Guez

Ava Guez est doctorante au Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique de l'Ecole Normale Supérieure et membre du collectif Cog'Innov. Elle étudie les facteurs influençant le développement des capacités cognitives au cours de l'enfance, s'intéressant en particulier aux difficultés d'apprentissages scolaires et de comportement. Diplômée de Sciences Po, elle a par ailleurs travaillé en tant que consultante au sein des départements Education de l'OCDE et de l'UNESCO.

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