Instaurer une culture de l'apprentissage grâce aux sciences cognitives

Par Svetlana Meyer sur 15 novembre 2017

Nous sommes récemment tombés sur l'excellent article de Sandra Enlart :  La formation est motre ! Vive la Learning Entreprise ! pour les Echos. Selon elle, les nouvelles technologies ont considérablement changé la face de la formation professionnelle. Parce qu’elles mettent à disposition de l’employé une grande quantité de données consultables directement au moment où il peut les mobiliser mais aussi qu’elles exigent de lui de nouvelles connaissances pour manipuler les outils de son quotidien, la formation ne doit plus se présenter comme un moment isolé dans l’emploi du temps de l’employé, mais doit être une composante à part entière de sa “situation de travail”.

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Le testing effect : se former en se testant pour apprendre durablement

Par Ava Guez sur 19 septembre 2017

Paul suit un MOOC depuis quelques mois et passe un examen en ligne demain afin d’obtenir une certification. Pour être certain d’être préparé au mieux, il passe sa soirée à relire tous les contenus proposés dans le MOOC et à visionner de nouveau les vidéos les plus importantes. A 23h, se sentant fin prêt, il s’endort tranquillement, sûr de lui. Mais ce que Paul ne sait pas, c’est que cette stratégie de révision répandue parmi les apprenants est loin d’être la meilleure…et Paul pourrait avoir de meilleurs résultats s’il optait pour une autre méthode : les tests. Mais pourquoi se tester l’aiderait-il à apprendre ?

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L’illusion de maîtrise, un danger pour l’apprentissage

Par Laure Duchamp sur 18 juillet 2017

Nous pensons être de très bons juges en ce qui concerne l'efficacité de nos apprentissages et notre niveau de maîtrise des connaissances [1]. Pourtant, il nous arrive souvent de ne pas être capable de réexpliquer une notion lors d’une conversation alors que nous étions certains d’en maîtriser le sens. Cette situation montre que nous pouvons être sujet à des illusions de maîtrise, c’est à dire “croire savoir”. Mais d’où vient cette discordance entre l’impression de savoir et le fait de savoir vraiment ?

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L'art de bien évaluer les compétences a un nom : la docimologie

Par Laure Duchamp sur 12 juillet 2017


Passer un test n’est jamais une partie de plaisir, et pour certains cela peut même être synonyme d’un stress insurmontable. Mais malgré son aspect effrayant, l’évaluation bénéficie aussi bien à l’apprenant qu’à l’évaluateur. L’un des rôles principaux de l’examen est de mesurer un niveau de compétence, c’est-à-dire de faire le bilan sur les acquis et les lacunes durant l’apprentissage pour adapter ce dernier. Une bonne évaluation est donc primordiale pour un apprentissage efficace. Justement, « l’art de bien évaluer » est une discipline développée depuis les années 1920. On l’appelle la docimologie. Ce terme est formé à partir des deux noms grecs dokimé qui veut dire « épreuve » et logos qui signifie « science », et fut créé par deux psychologues de renom : Henri Piéron et Henri Laugier [1,2].

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Pourquoi les EdTech doivent distinguer engagement et apprentissage

Par Son Thierry Ly sur 7 juin 2017

 

De l’accès aux connaissances à la maîtrise des compétences

Notre système de formation sait depuis longtemps faire acquérir des savoirs et des compétences considérables à une élite. Nous savons également donner accès à de l’enseignement et de la formation au plus grand nombre. Notre société l’a montré depuis 50 ans par la massification de l’enseignement secondaire, la démocratisation progressive de l’enseignement supérieur et plus récemment le développement des MOOCs.

Ce que nous montrent des comparaisons internationales comme les enquêtes PISA ou PIAAC, mais aussi simplement la persistance du chômage, c’est que nous avons beaucoup plus de mal à faire en sorte que chacun, à tout âge, parvienne effectivement à acquérir les savoirs et compétences dont il a besoin pour son émancipation, son autonomie et son intégration dans la société. L’accélération permanente des besoins en nouvelles compétences nous amène à la même conclusion : l’efficacité de notre système de formation tout au long de la vie est l’un des grands défis que nos sociétés doivent désormais relever.

 

Mettre les innovations au service de l’apprentissage réel

Pour relever ce défi, nous avons besoin d’innovations pédagogiques ayant pour objectif premier d’améliorer véritablement et durablement les résultats d’apprentissage obtenus. C’est ce qu’attend aujourd’hui la majeure partie des enseignants et des formateurs, dont l’opposition prétendue aux innovations n’est souvent que le reflet de leurs doutes légitimes en matière d’apprentissage réel ou de retour sur investissement. Les technologies numériques en font particulièrement l’objet, pour des raisons compréhensibles. Leur déploiement suppose généralement des investissements initiaux conséquents en temps et en argent (en développements techniques ou en conception de contenus par exemple)… pour des résultats encore très discutables, que ce soit dans le milieu éducatif[1] ou dans la formation professionnelle : on ne compte plus le nombre d’outils d’e-learning déployés dans les organisations publiques et privés dont l’efficacité n’est pas mesurable et qui sont largement inutilisés.

 

Des technologies actuellement concentrées sur l’engagement

Le renouveau récent du secteur « EdTech », porté par l’avènement des MOOCs, mais aussi des nouvelles possibilités offertes par les technologies du web et de l’intelligence artificielle, devrait s’attacher aujourd’hui à répondre à ces doutes. Malheureusement, nombre d’acteurs du numérique éducatif et de la formation digitale, malgré une énergie déployée indéniable, ne mettent pas les résultats d’apprentissage au centre de leurs innovations technologiques. En particulier, une majeure partie du secteur EdTech s’attache plutôt à développer des innovations qui améliorent la satisfaction d’usage de la part des apprenants, en proposant des expériences utilisateurs modernes. L’objectif : faire en sorte que les apprenants s’impliquent réellement dans leur formation et utilisent les contenus à leur disposition. « L’engagement » des utilisateurs est ainsi devenu l’alpha et l’oméga des technologies numériques pour l’éducation et la formation.

 

Mieux différencier engagement et apprentissage

Sauf qu’être engagé ne signifie pas apprendre. L'engagement peut être une métrique pertinente pour une application de divertissement ou un réseau social d'entreprise, mais elle est insuffisante pour les Edtech qui ambitionnent de former.  On ne peut nier que l’engagement est une condition indispensable de l’apprentissage : je n’apprendrai rien si mon attention n’a pas été suscitée, si je ne suis pas prêt à engager le processus d’apprentissage. Mais cette question de l’engagement – suis-je disposé mentalement à apprendre ? – doit être distinguée de la question de l’acquisition : comment dois-je apprendre ? Sans stratégie d’apprentissage pertinente, vous pouvez être très engagés durant un cours ou une formation sans être capable ultérieurement de mobiliser les compétences et connaissances transmises.

 

Les apprenants ignorent les stratégies d’apprentissage les plus efficaces

Mais les apprenants sont-ils capables d’identifier les bonnes stratégies d’apprentissage ? De nombreuses expériences menées par la recherche en psychologie cognitive montrent que nous évaluons assez mal les stratégies d’apprentissage qui nous permettent d’apprendre efficacement… Nous avons même une tendance particulière à préférer les méthodes qui nous trompent sur notre maîtrise réelle des sujets[2].

Prenons des exemples que nous connaissons tous :

  • des apprenants qui regardent une vidéo de cours sur n’importe quel sujet auront tendance, en moyenne, à anticiper de meilleurs résultats à un examen final que des apprenants qui essaient d’apprendre le même sujet en s’exerçant, alors que c’est exactement l’inverse qui se produit[3].
  • des apprenants qui travaillent 2 notions en les alternant systématiquement (A-B-A-B) plutôt que de manière séquencée (A-A-B-B) en ressortent généralement frustrés et se prédisent des résultats plus mauvais, alors que ce sont à nouveau ceux qui arrivent beaucoup plus à mobiliser ces notions à long terme[4].

Ces erreurs de jugement sur notre maîtrise réelle de nos apprentissages, dites erreurs de « métacognition », sont fréquentes.  Il est donc nécessaire de questionner la pertinence des mesures d’engagement et de satisfaction des apprenants comme seules boussoles pour guider les pratiques pédagogiques. L’engagement et l’apprentissage sont complémentaires mais bien distincts : c’est la combinaison de l’engagement et de stratégies d’apprentissage efficaces qui permet l’acquisition réelle et durable d’une compétence ou d’un savoir.

  

Recentrer les technologies éducatives sur les résultats d’apprentissage

Pour parvenir à de meilleurs résultats d’apprentissage, nous devons piloter nos innovations pédagogiques et technologiques avec la métrique des résultats d’apprentissage eux-mêmes. Imaginerait-on évaluer les compétences d’un chirurgien à l’aune du nombre de séminaires auquel il a assisté plutôt que par la progression de sa performance dans le bloc opératoire ?

L’engagement et la satisfaction des apprenants sont évidemment importants à mesurer, car ils sont un moyen d’atteindre de meilleurs résultats, mais ils ne sauraient remplacer l’objectif final : la capacité des apprenants à analyser, faire, créer quelque chose dont ils n’étaient pas capable avant la formation. C’est la seule métrique sur laquelle nous devons nous concentrer, si nous ne voulons pas prendre le risque d’innover pour innover, sans obtenir de résultats durables et en ayant, au passage, déçu et épuisé enseignants, formateurs et apprenants. Un risque que notre système de formation ne peut plus prendre au regard des défis colossaux qui l’attendent.

  

Téléch

 

[1] OCDE (2015), Connectés pour apprendre ? Les élèves et les nouvelles technologies – Principaux résultats, PISA, OCDE, Paris, www.oecd.org/fr/edu/scolaire/Connectes-pour-apprendre-les-eleves-et-les-nouvelles-technologiesprincipaux-resultats.pdf.

 

[2] Bjork, Dunlosky et Kornell (2013), Self-Regulated Learning: Beliefs, Techniques, and Illusions, Annu. Rev. Psychol. 64:417–44.

[3] Roediger HL 3rd et Butler AC. (2011), The critical role of retrieval practice in long-term retention, Trends Cogn Sci. 2011 Jan;15(1):20-7.

[4] Taylor K., et Rohrer D. (2010), The Effects of Interleaved Practice, Appl. Cognit. Psychol. 24: 837–848.

[5] OCDE (2015), Connectés pour apprendre ? Les élèves et les nouvelles technologies – Principaux résultats, PISA, OCDE, Paris, www.oecd.org/fr/edu/scolaire/Connectes-pour-apprendre-les-eleves-et-les-nouvelles-technologiesprincipaux-resultats.pdf.

 

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Les difficultés désirables au service des apprentissages durables

Par Alice Latimier sur 7 juin 2017

Une idée répandue est qu’un apprentissage réussi serait un apprentissage rapide et sans effort, réalisé en quelques clics ou quelques minutes (voire quelques tweets !). Mais qu’en est-il vraiment ?

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Comment créer une formation digitale efficace ?

Par Philip Moore sur 7 juin 2017

Une formation efficace est une formation à l’issue de laquelle les apprenants sont capables de mobiliser les savoirs acquis en situation réelle, et ce durablement. La formation, et plus généralement l’apprentissage, implique un changement d’état : son objectif est de rendre les apprenants capables de faire quelque chose qu’ils n’étaient pas capables de faire avant la formation. C’est ce qui distingue la formation de l’information, qui porte un objet à votre connaissance mais n’a pas nécessairement d’impact de long terme sur votre conception du monde ou sur vos comportements.

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Il n’y a pas d’âge pour apprendre

Par Alice Latimier sur 7 juin 2017

“Je suis trop vieux pour apprendre”, beaucoup de personnes ont eu cette réflexion à des périodes charnières de leur vie d’adulte. Mais qu’en est-il vraiment ? Nos capacités d’apprentissage ont-elles vraiment une date de péremption ?

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Apprendre à apprendre pour mieux se former

Par Léa Combette sur 7 juin 2017

« Quand je suis stressé(e) je cogite beaucoup trop ». Ce type de réflexion vous a certainement déjà traversé l’esprit et sans vous en rendre compte, vous cogitiez sur vos cogitations. En sciences cognitives, on va parler de métacognition. Un terme qui peut faire peur mais qui cache en réalité un concept beaucoup plus simple que l’on pourrait imaginer : celui de penser sur ses pensées. Dans le domaine des apprentissages, on entendra également parler « d’apprendre à apprendre ».

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A propos de notre partenaire :

 

Lorsque nous apprenons de nouvelles compétences ou des nouveaux savoirs, nous faisons appel à de nombreuses fonctions mentales telles que la mémoire ou l’attention, autant de processus étudiés par les sciences cognitives. C’est donc naturellement qu’un partenariat s’est créé entre Didask et Cog’innov, une association de jeunes acteurs académiques dont le but est de promouvoir les sciences cognitives et leurs applications. Nous partageons la même vision sur l’importance de diffuser au plus grand nombre les connaissances issues de la recherche scientifique afin d’améliorer le quotidien des enseignants, des formateurs et des apprenants, changer certaines mentalités, ou encore combattre les neuromythes.